Les extraterrestres moins terrestres que prévu

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Les extraterrestres moins terrestres que prévu

Message par Laurent.A le Dim 9 Sep - 23:45

Selon la National Academy of Sciences américaine, l'univers est peut-être peuplé par des organismes très éloignés de notre biochimie.
Comment trouver quand on ne sait pas ce que l'on cherche ? Les scientifiques de la National Academy of Sciences ont épuisé 117 pages d'un rapport récent pour aborder cette question d'apparence amphigourique. Le résultat n'est pourtant pas un jus de crânes à la retraite, comme on pourrait s'y attendre, mais une feuille de route constructive pour les exobiologistes de la Nasa. Ces spécialistes de la vie extraterrestre n'ont pas renoncé à trouver des organismes extérieurs à notre planète, mais ils ne croient plus beaucoup aux petits hommes verts. C'est que la pêche n'a pas été jusqu'alors très miraculeuse - on commencerait presque à s'impatienter. Après le coup des OVNI, on nous a fait miroiter la Lune, Mars, Titan, les comètes et maintenant les exoplanètes.

Comme le rappellent les auteurs, la quête de la vie extraterrestre s'est par trop fondée sur notre connaissance de la vie terrestre. Les exobiologistes n'ont jusqu'alors étudié que des milieux similaires aux nôtres. « Nous considérons que la vie terrestre se développe dans l'eau à un pH presque neutre, dans une plage de température adéquate avec l'état liquide. Les limites fixées reflètent souvent les limites de l'environnement terrestre », assènent avec lucidité les chercheurs.

Sortir du géocentrisme
Or ce géocentrisme apparaît aujourd'hui dépassé. Notre vision souffre de myopie, les biologistes découvrant régulièrement de nouvelles limites extrêmes de la vie. On sait aujourd'hui qu'elle existe dans les milieux acides, à haute pression, à haute température ou en présence de métaux toxiques. C'est pourquoi le rapport conseille d'explorer tous les recoins de notre planète pour mieux connaître les capacités des « extrêmophiles ». Les chercheurs citent en exemple la bactérie Deinococcus radiodurans, qui s'est révélée supporter des doses de radiations qu'on ne trouve pas sur Terre. Certains milieux peu étudiés réservent bien des surprises, comme la croûte terrestre, les aquifères profonds ou les karsts.

Les auteurs n'excluent plus d'ailleurs que la vie terrestre ait pu être exportée dans l'espace en résistant à l'agression du milieu interplanétaire, les UV notamment. Une étude a même envisagé les phénomènes, par exemple les éruptions volcaniques, qui auraient pu permettre d'éjecter de la vie en orbite. Les spores sont de bons candidats, certains ayant résisté des millions d'années dans un cocon de roche. D'autres micro-organismes savent s'assembler en biofilms plus résistants. Des pistes de recherche prometteuses que la Nasa se voit confiées.

Les biochimistes américains ont pratiqué un douloureux travail d'ouverture d'esprit, violant en cela tous leurs paradigmes. Notre vie repose sur la transformation chimique de molécules pilotée par des enzymes. La thèse darwinienne pose que les structures moléculaires ont su composer un jeu subtil du hasard et de l'hérédité pour s'adapter aux variations de l'environnement. Le carbone, l'hydrogène, l'azote, l'oxygène, le phosphore et le soufre ont servi à créer des molécules capables d'évoluer dans le solvant aqueux. Les chercheurs sont aujourd'hui prêts à considérer d'autres approches comme la mutation naturelle des gènes, même si elle ne conviendrait pas à une vie évoluée. Le transfert latéral des gènes est plus réaliste puisque cet échange de matériel génétique par ingestion d'une espèce à l'autre a été montré.

Nouveaux territoires
Les processus lamarckiens ne sont pas exclus non plus. Plus exotiques, on peut imaginer une chimie non carbonée ou qui n'utiliserait pas d'eau comme solvant. Plus incertain encore, les procédés chimiques pourraient être remplacés par des transformations chimiques comme le montre la photosynthèse. Le rapport fait preuve de plus d'audace encore en envisageant des formes de vie très exotiques sous des formes gazeuses.

Les chercheurs se disent donc prêts à explorer de nouveaux territoires où la vie de type terrestre aurait pu se développer ou migrer. Les missions de la Nasa devront par exemple relativiser leur quête obsédée de l'eau liquide sur des planètes comme Mars. La science-fiction a montré une belle imagination jusqu'ici. C'est au tour des biologistes de nous épater. Comme le rappelle Michel Mayor, spécialiste des exoplanètes à l'Observatoire de Genève, ce n'est pas gagné, les biologistes se plaisent à démontrer que la vie a statistiquement quasiment aucune chance d'avoir jailli de la matière ailleurs que sur Terre tant les conditions à réunir sont nombreuses. Une position qui horripile les astrophysiciens, toujours prêts à nous dénicher un petit coin de l'espace clément.

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