Cours d’exorcisme au Vatican
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Cours d’exorcisme au Vatican
Cours d’exorcisme au Vatican

Pour les prêtres italiens, le constat est sans appel : le Diable est à la mode, et de nombreux jeunes lui vouent allégrement un culte. Pour contrer l’influence de Lucifer, l’Université Pontificale de Rome propose depuis le début de l’année des cours très ciblés pour les prêtres et les séminaristes de tous poils : exorcisme, magie noire et satanisme ! Les religieux pourront ainsi plus facilement reconnaître une personne possédée d’une autre qui souffre « seulement » de problèmes psychologiques. Les cours de satanisme pourront par ailleurs les aider à mieux comprendre certains rites pratiqués par la jeunesse actuelle. « C’est un phénomène plus spontané et caché, souvent un problème de solitude et d’isolement » explique Carlo Climati, l’un des enseignants de ces cours très spéciaux et spécialiste de la culture jeune et du satanisme.
Depuis que la psychanalyse existe, on sait que le diable n'est plus forcément à l'origine des troubles psychiques qui peuvent affecter l'homme. Aux yeux de l'Eglise, celui qui se dit possédé ne l'est pas forcément, et a souvent plus besoin de l'aide d'un psychiatre que de celle d'un exorciste. Or, les prêtres-exorcistes n'avaient jusqu'à ce jour qu'un rituel vieux de près de quatre cents ans pour pratiquer leur ministère. Depuis hier, ils peuvent compter sur un nouveau rituel, qui intègre l'évolution de la médecine et de la psychiatrie. Ce document de 70 pages, entièrement en latin et conforme aux décrets du Concile Vatican II, remplace les formules et les prières du chapitre XII du Rituel Romain. Il revient aux conférences épiscopales d'adapter le texte dans les langues des pays où elles sont installées. Présenté hier à la presse, ce rituel offre pour la première fois une reconnaissance formelle de l'utilité de la psychanalyse et de la psychiatrie dans les cas de «possession».

En effet, pendant longtemps, l'Eglise s'est méfiée de la psychanalyse, issue d'un terrain plutôt athée. Or, il y a bien cinquante ans, selon Luigi Filippi, président de l'Association internationale d'étude médico-psychologique et religieuse, que le Vatican a abandonné son attitude circonspecte envers les disciplines qui soignent les affections mentales: «Le Vatican a toujours reconnu la psychiatrie et la psychanalyse comme des soins efficaces. Mais c'est la première fois qu'il le dit aussi clairement.» La prudence est le maître mot du nouveau rituel, élaboré par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. En cas «d'intervention diabolique», l'exorciste doit agir avec un maximum de «circonspection» et de «prudence». Il doit éviter de penser que celui qui souffre d'une maladie - surtout si cette dernière est de nature psychique - est possédé par le démon.
Le texte met en garde contre l'imagination des hommes qui peut les porter à croire qu'ils sont la proie du démon. Dans tous les cas, il faut vérifier que celui qui se dit possédé par le démon le soit vraiment. Le texte recommande de distinguer entre une véritable intervention diabolique et la crédulité de certains fidèles qui pensent être l'objet de maléfices ou de malédictions. «Il ne faut pas leur refuser une aide spirituelle, mais il ne faut pas à tout prix pratiquer un exorcisme.» Des prières peuvent suffire à libérer les croyants de leurs angoisses. Le prêtre célèbre l'exorcisme uniquement s'il est convaincu qu'il se trouve face à un cas de possession réelle. Trois signes distinctifs permettent de reconnaître la présence du Malin dans un être humain: le fait de parler des langues inconnues, de manifester des «choses lointaines ou occultes», de démontrer une force physique non conforme à l'âge ou à l'état de santé. Une «aversion viscérale» envers Dieu, le nom de Jésus, la sainte Vierge Marie et les saints, l'Eglise, les rites, les sacrements et les images sacrées représente un autre signe de possession.
Le document poursuit: «L'exorciste décidera avec prudence de la nécessité d'utiliser le rite d'exorcisme après avoir procédé à une enquête diligente - dans le respect du secret confessionnel - et après avoir consulté, selon les possibilités, des experts en matière spirituelle, et, s'il est jugé opportun, des spécialistes en science médicale et psychiatrique, qui ont le sens des réalités spirituelles.» De plus, l'exorcisme doit se dérouler de telle manière que personne ne puisse considérer qu'il s'agit d'une action magique ou supersitieuse.
Tout en manifestant une grande prudence, l'Eglise n'exclut donc pas l'emprise du démon sur certaines personnes. C'est pourquoi elle a toujours pratiqué des exorcismes. Elle distingue entre l'exorcisme mineur, fait de prières, et le grand exorcisme, qui consiste en une célébration liturgique. C'est le plus impressionnant, celui dont s'inspirent généralement les films d'épouvante. Le nouveau rituel l'a quelque peu simplifié. Ainsi, les prières de dédain et d'injures au démon ont disparu. Le rite comprend entre autres une aspersion d'eau bénite, diverses prières, l'imposition des mains, la présentation d'un crucifix au possédé, et une formule impérative qui s'adresse directement au diable et lui ordonne de s'en aller.
Ce rite spectaculaire s'avère rarement utilisé. «Dans plus de 90% des cas dits de possession, les problèmes sont de nature psychologique», observe Nicolas Betticher, secrétaire adjoint de la Conférence des évêques suisses. Les demandes d'exorcisme ne cessent pourtant d'augmenter (lire «Le Temps» du 27 octobre 1998). C'est pour répondre à cette recrudescence que le diocèse de Lugano a nommé un exorciste en février 1998. Actuellement, il est le seul prêtre à avoir ce titre en Suisse, bien qu'en principe il est prévu un exorciste par diocèse. Mais les diocèses de Suisse éprouvent quelques réticences à nommer des exorcistes, d'autant plus qu'aucun cas de possession n'a pu être avéré ces dernières années.
Les autorités ecclésiastiques préfèrent créer des structures d'écoute et offrir un soutien psychologique aux personnes en difficulté. Ainsi, à Sion, un groupe de discernement est en voie de constitution. Il est composé de prêtres et d'un prêtre-psychologue. «Les cas réels de possession sont très, très rares, remarque Bernard Broccard, vicaire épiscopal de l'évêché. Mais les gens pensent parfois que l'exorcisme est la solution à tous leurs problèmes. Ils ne cherchent pas toujours à les comprendre et veulent un soulagement rapide. Mais l'exorcisme, s'il est utilisé à tort, peut contribuer à enfoncer les gens dans leurs problèmes psychologiques.»

Pour les prêtres italiens, le constat est sans appel : le Diable est à la mode, et de nombreux jeunes lui vouent allégrement un culte. Pour contrer l’influence de Lucifer, l’Université Pontificale de Rome propose depuis le début de l’année des cours très ciblés pour les prêtres et les séminaristes de tous poils : exorcisme, magie noire et satanisme ! Les religieux pourront ainsi plus facilement reconnaître une personne possédée d’une autre qui souffre « seulement » de problèmes psychologiques. Les cours de satanisme pourront par ailleurs les aider à mieux comprendre certains rites pratiqués par la jeunesse actuelle. « C’est un phénomène plus spontané et caché, souvent un problème de solitude et d’isolement » explique Carlo Climati, l’un des enseignants de ces cours très spéciaux et spécialiste de la culture jeune et du satanisme.
Depuis que la psychanalyse existe, on sait que le diable n'est plus forcément à l'origine des troubles psychiques qui peuvent affecter l'homme. Aux yeux de l'Eglise, celui qui se dit possédé ne l'est pas forcément, et a souvent plus besoin de l'aide d'un psychiatre que de celle d'un exorciste. Or, les prêtres-exorcistes n'avaient jusqu'à ce jour qu'un rituel vieux de près de quatre cents ans pour pratiquer leur ministère. Depuis hier, ils peuvent compter sur un nouveau rituel, qui intègre l'évolution de la médecine et de la psychiatrie. Ce document de 70 pages, entièrement en latin et conforme aux décrets du Concile Vatican II, remplace les formules et les prières du chapitre XII du Rituel Romain. Il revient aux conférences épiscopales d'adapter le texte dans les langues des pays où elles sont installées. Présenté hier à la presse, ce rituel offre pour la première fois une reconnaissance formelle de l'utilité de la psychanalyse et de la psychiatrie dans les cas de «possession».

Pendant longtemps,
l'Eglise s'est méfiée
de la psychanalyse issue
d'un terrain plutôt athée
l'Eglise s'est méfiée
de la psychanalyse issue
d'un terrain plutôt athée
En effet, pendant longtemps, l'Eglise s'est méfiée de la psychanalyse, issue d'un terrain plutôt athée. Or, il y a bien cinquante ans, selon Luigi Filippi, président de l'Association internationale d'étude médico-psychologique et religieuse, que le Vatican a abandonné son attitude circonspecte envers les disciplines qui soignent les affections mentales: «Le Vatican a toujours reconnu la psychiatrie et la psychanalyse comme des soins efficaces. Mais c'est la première fois qu'il le dit aussi clairement.» La prudence est le maître mot du nouveau rituel, élaboré par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. En cas «d'intervention diabolique», l'exorciste doit agir avec un maximum de «circonspection» et de «prudence». Il doit éviter de penser que celui qui souffre d'une maladie - surtout si cette dernière est de nature psychique - est possédé par le démon.
Le texte met en garde contre l'imagination des hommes qui peut les porter à croire qu'ils sont la proie du démon. Dans tous les cas, il faut vérifier que celui qui se dit possédé par le démon le soit vraiment. Le texte recommande de distinguer entre une véritable intervention diabolique et la crédulité de certains fidèles qui pensent être l'objet de maléfices ou de malédictions. «Il ne faut pas leur refuser une aide spirituelle, mais il ne faut pas à tout prix pratiquer un exorcisme.» Des prières peuvent suffire à libérer les croyants de leurs angoisses. Le prêtre célèbre l'exorcisme uniquement s'il est convaincu qu'il se trouve face à un cas de possession réelle. Trois signes distinctifs permettent de reconnaître la présence du Malin dans un être humain: le fait de parler des langues inconnues, de manifester des «choses lointaines ou occultes», de démontrer une force physique non conforme à l'âge ou à l'état de santé. Une «aversion viscérale» envers Dieu, le nom de Jésus, la sainte Vierge Marie et les saints, l'Eglise, les rites, les sacrements et les images sacrées représente un autre signe de possession.
Le document poursuit: «L'exorciste décidera avec prudence de la nécessité d'utiliser le rite d'exorcisme après avoir procédé à une enquête diligente - dans le respect du secret confessionnel - et après avoir consulté, selon les possibilités, des experts en matière spirituelle, et, s'il est jugé opportun, des spécialistes en science médicale et psychiatrique, qui ont le sens des réalités spirituelles.» De plus, l'exorcisme doit se dérouler de telle manière que personne ne puisse considérer qu'il s'agit d'une action magique ou supersitieuse.
Tout en manifestant une grande prudence, l'Eglise n'exclut donc pas l'emprise du démon sur certaines personnes. C'est pourquoi elle a toujours pratiqué des exorcismes. Elle distingue entre l'exorcisme mineur, fait de prières, et le grand exorcisme, qui consiste en une célébration liturgique. C'est le plus impressionnant, celui dont s'inspirent généralement les films d'épouvante. Le nouveau rituel l'a quelque peu simplifié. Ainsi, les prières de dédain et d'injures au démon ont disparu. Le rite comprend entre autres une aspersion d'eau bénite, diverses prières, l'imposition des mains, la présentation d'un crucifix au possédé, et une formule impérative qui s'adresse directement au diable et lui ordonne de s'en aller.
Ce rite spectaculaire s'avère rarement utilisé. «Dans plus de 90% des cas dits de possession, les problèmes sont de nature psychologique», observe Nicolas Betticher, secrétaire adjoint de la Conférence des évêques suisses. Les demandes d'exorcisme ne cessent pourtant d'augmenter (lire «Le Temps» du 27 octobre 1998). C'est pour répondre à cette recrudescence que le diocèse de Lugano a nommé un exorciste en février 1998. Actuellement, il est le seul prêtre à avoir ce titre en Suisse, bien qu'en principe il est prévu un exorciste par diocèse. Mais les diocèses de Suisse éprouvent quelques réticences à nommer des exorcistes, d'autant plus qu'aucun cas de possession n'a pu être avéré ces dernières années.
Les autorités ecclésiastiques préfèrent créer des structures d'écoute et offrir un soutien psychologique aux personnes en difficulté. Ainsi, à Sion, un groupe de discernement est en voie de constitution. Il est composé de prêtres et d'un prêtre-psychologue. «Les cas réels de possession sont très, très rares, remarque Bernard Broccard, vicaire épiscopal de l'évêché. Mais les gens pensent parfois que l'exorcisme est la solution à tous leurs problèmes. Ils ne cherchent pas toujours à les comprendre et veulent un soulagement rapide. Mais l'exorcisme, s'il est utilisé à tort, peut contribuer à enfoncer les gens dans leurs problèmes psychologiques.»
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